Volvo ajuste sa stratégie sur le marché nord-américain. Le constructeur suédois a informé son réseau de concessionnaires que le SUV électrique compact EX30 allait disparaître de son catalogue aux États-Unis dans les prochains mois.
L’information, révélée par le média américain The Drive, intervient dans un contexte de tensions commerciales, de contraintes industrielles et d’incertitudes économiques qui bousculent l’ensemble du secteur automobile. Selon un porte-parole de Volvo, la décision découle d’une réévaluation globale des orientations commerciales et opérationnelles du groupe. Le constructeur évoque un environnement de marché en mutation ainsi que des facteurs financiers qui obligent à revoir certaines priorités.
Les commandes déjà passées seront honorées et la production destinée aux États-Unis devrait s’arrêter après l’été. Les concessionnaires américains ont jusqu’au 20 mars pour enregistrer leurs dernières commandes. Ce retrait ne signifie pas la disparition mondiale du modèle. L’EX30 continuera d’être commercialisé sur d’autres marchés, notamment au Canada, au Mexique et en Europe, où la demande pour les SUV électriques compacts reste dynamique.
Un SUV électrique pris dans les turbulences du commerce mondial
Le parcours de l’EX30 illustre les bouleversements que traverse aujourd’hui l’industrie automobile mondiale. Ce modèle, présenté comme l’un des SUV électriques les plus accessibles de Volvo, a été lancé avec une ambition globale. Pourtant, son arrivée sur le marché américain s’est rapidement compliquée.
La production du véhicule a démarré fin 2023, avec les premières livraisons clients en novembre de la même année. Les premiers exemplaires étaient assemblés en Chine, ce qui a rapidement posé problème pour la commercialisation aux États-Unis.
En 2024, l’administration Biden a instauré des droits de douane de 100 % sur les voitures électriques produites en Chine. Cette mesure visait à protéger l’industrie automobile américaine face à la montée en puissance des constructeurs chinois. Dans ce contexte, Volvo a dû revoir ses plans. L’entreprise avait annoncé que les EX30 destinés au marché américain seraient finalement produits dans son usine de Gand, en Belgique, afin d’éviter ces taxes.
La production européenne du modèle a débuté en mai 2025. Malgré cette adaptation industrielle, Volvo n’a pas intégré la fabrication de l’EX30 dans ses sites nord-américains.
Le groupe dispose pourtant d’une usine en Caroline du Sud, mais celle-ci est aujourd’hui mobilisée pour d’autres véhicules électriques, notamment le grand SUV EX90. Volvo y produit également le récent EX60.
Les évolutions du commerce international ont également influencé la stratégie du constructeur sur l’ensemble du continent. Les relations commerciales entre les États-Unis, le Canada et la Chine ont modifié l’équation industrielle pour plusieurs modèles. Au Canada par exemple, Volvo avait suspendu les commandes du grand SUV électrique EX90 l’an dernier, en raison de droits de douane imposés par Ottawa sur certains véhicules importés des États-Unis.
Depuis, un nouvel accord commercial signé entre le Canada et la Chine autorise l’importation annuelle de 49 000 voitures électriques chinoises. Volvo pourrait profiter de ce quota pour réintroduire certains modèles sur le marché canadien en les important directement depuis la Chine.
Rappel massif et pression financière chez Volvo
La trajectoire récente de l’EX30 a également été marquée par un rappel d’ampleur. Le mois dernier, Volvo a annoncé le rappel de 40 000 exemplaires de ce SUV électrique à la suite d’un risque potentiel d’incendie lié à la batterie.
Quelques semaines auparavant, le constructeur avait déjà alerté les propriétaires sur un problème de surchauffe. Dans l’attente d’une solution définitive, les conducteurs avaient été invités à limiter la recharge de leur batterie à 70 % et à stationner leur véhicule à l’extérieur, loin des bâtiments. Selon les données communiquées par Volvo, environ 98 065 EX30 ont été vendus dans le monde en 2024. L’année suivante, 75 169 unités supplémentaires ont été livrées. Au total, le rappel pourrait concerner environ 23 % des véhicules produits sur cette période.
La répartition géographique montre que le Royaume-Uni concentre la plus grande part des modèles concernés avec 10 440 unités. L’Australie compte 2 815 véhicules touchés, tandis que les États-Unis en totalisent 40 et Singapour 143. Sept cas d’incendie ont été signalés à ce jour, sans blessé selon le constructeur.
Ces difficultés techniques surviennent alors que Volvo traverse une période financière délicate. L’entreprise a indiqué le mois dernier être passée dans le rouge au quatrième trimestre 2025. Sur cette période, le chiffre d’affaires a été divisé par deux par rapport à l’année précédente.
Le nouveau directeur général, Håkan Samuelsson, qui a succédé à Jim Rowan l’an dernier, attribue cette situation à plusieurs facteurs. Les droits de douane entre l’Union européenne et les États-Unis, la disparition de certaines aides à l’achat de véhicules électriques outre-Atlantique et la pression sur les prix dans l’industrie pèsent sur la rentabilité.
Dès avril 2025, Volvo avait annoncé un plan d’économies et de gestion de trésorerie d’environ 18 milliards de couronnes suédoises, soit environ 1,7 milliard d’euros au taux actuel. Ce programme comprend la suppression de 3 000 postes et un renforcement de la coopération industrielle avec Geely, maison mère du constructeur.
Pour 2026, Volvo affiche l’objectif de renouer avec une croissance des volumes sur l’ensemble de l’année et d’améliorer nettement sa génération de trésorerie. En 2025, le flux de trésorerie disponible du groupe s’élevait à environ 265 millions d’euros.
Dans ce contexte, la disparition de l’EX30 du catalogue américain apparaît comme un ajustement stratégique de plus dans une industrie automobile en pleine recomposition. Les décisions industrielles se prennent désormais à l’échelle mondiale, sous l’effet combiné des politiques commerciales, des chaînes d’approvisionnement et de la transition vers l’électrique.