La France a tranché, pour l’instant, quitte à se ridiculiser une fois de plus. Le ministre des Transports Philippe Tabarot a confirmé le 22 juillet, dans une vidéo publiée sur la plateforme citoyenne Agora, que le pays n’autorisera pas la version supervisée de la conduite autonome de Tesla dans son état actuel.
La question venait d’un internaute, Ludovic, qui s’étonnait que les Pays-Bas aient déjà validé le système sans que la France ne suive. Agora sert justement à ça : les citoyens y posent des questions, et un ministre y répond en vidéo. Cette fois, la réponse a valeur de décision officielle.
Une vitesse qui grimpe toute seule
Premier grief pointé par le ministre : la gestion de la vitesse. Selon Tabarot, le système peut pousser le véhicule jusqu’à 50 % au dessus de la limite autorisée, sans que le conducteur ne le demande explicitement. Dans une zone limitée à 50 km/h, la Tesla peut ainsi se caler sur un flux de circulation roulant à 70 km/h, de sa propre initiative, en suivant le rythme des autres voitures plutôt que le panneau. Second reproche : la surveillance de l’attention du conducteur, jugée insuffisante en ville et lors des manœuvres complexes comme les changements de voie ou les carrefours. Le ministre insiste sur un point : le conducteur reste seul responsable en cas d’accident, ce qui rend ces deux failles difficiles à ignorer pour un régulateur.
Le sujet n’est pas neuf pour Tesla en France. La DGCCRF, l’autorité chargée de la concurrence et de la consommation, avait déjà épinglé la marque pour pratiques commerciales trompeuses autour de cette même option, facturée plusieurs milliers d’euros à des clients qui ne pouvaient pas en utiliser toutes les promesses. Le nom « Full Self-Driving » continue d’ailleurs à prêter à confusion, alors que le système reste classé niveau 2+, une aide à la conduite avancée et non un pilotage réellement autonome.
Cinq pays ont dit oui, la France attend une position commune
Le FSD (Supervised) est déjà homologué comme aide à la conduite de niveau 2+ dans cinq pays européens : les Pays-Bas depuis avril, via le régulateur RDW, puis la Lituanie et l’Estonie par reconnaissance mutuelle, suivies du Danemark et de la Belgique en juin. Partout, le conducteur reste responsable et surveillé par la caméra intérieure installée dans l’habitacle, loin de l’autonomie totale que suggère le nom du système. La France pourrait activer ce même mécanisme de reconnaissance mutuelle et valider l’homologation néerlandaise sans nouvelle procédure. Elle refuse de le faire seule et réclame une position commune à l’échelle de l’Union européenne, tout en poursuivant des discussions techniques avec les Pays-Bas, les autres Etats membres et Tesla pour affiner l’analyse et envisager des ajustements du logiciel.
Paris évoque par ailleurs un calendrier propre, avec l’ambition d’homologuer de vrais véhicules autonomes d’ici 2027, sur la base des nouvelles règles internationales adoptées récemment par l’ONU pour encadrer les voitures réellement sans conducteur. De quoi distinguer, sur le papier au moins, l’aide à la conduite vendue aujourd’hui de l’autonomie promise depuis des années.
Tabarot assure ne pas vouloir fermer la porte à Tesla. Il faudra juste que la voiture apprenne d’abord à respecter les limitations de vitesse.
Sources : Automobile Propre, Tesla-Mag, Next.ink