Tesla vient de modifier en profondeur l’accès à ses aides à la conduite sur les Model 3 et Model Y.
Aux États-Unis, le configurateur du constructeur n’inclut désormais plus l’Autosteer, la fonction de centrage dans la voie qui faisait jusqu’ici partie du pack Autopilot de base. Lors de la commande d’un véhicule neuf, seule subsiste la régulation de vitesse adaptative, capable de freiner et d’accélérer en fonction du trafic, mais sans assistance au volant. Autrement dit, la voiture gère la distance avec les autres véhicules, mais c’est au conducteur de diriger entièrement la trajectoire. Une régression technologique difficile à ignorer, surtout à l’heure où la plupart des constructeurs proposent ce type d’assistance de série, y compris sur des modèles bien moins chers.
Ce changement marque une nouvelle étape dans la transformation du modèle économique de Tesla autour de ses logiciels. L’Autopilot « complet » tel qu’on le connaissait disparaît progressivement au profit d’une incitation très claire vers l’abonnement Full Self-Driving, facturé environ 99 € par mois. Un essai de 30 jours est d’ailleurs désormais inclus lors de la livraison, histoire de donner un avant-goût… avant de passer à la caisse.
L’Autosteer relégué derrière un abonnement payant
Jusqu’à récemment, l’Autopilot combinait deux fonctions principales : le régulateur adaptatif et l’Autosteer, qui permet à la voiture de rester centrée dans sa voie sur autoroute ou voie rapide. Tesla avait déjà commencé à retirer l’Autosteer des versions d’entrée de gamme fin 2025, mais la nouveauté, c’est que cette suppression semble désormais concerner toutes les finitions des Model 3 et Model Y, y compris les versions Performance.
Sur la page finale de commande, quel que soit le niveau de finition choisi, seule la gestion adaptative de la vitesse apparaît comme équipement inclus. L’assistance au centrage, elle, est réservée au Full Self-Driving, devenu un produit logiciel à part entière.
Elon Musk n’a pas confirmé officiellement la manœuvre, mais sa réaction sur X ne laisse guère de doute sur la direction prise. Plutôt que de commenter la disparition de l’Autosteer, le patron de Tesla a surtout précisé que le prix du Full Self-Driving augmenterait à mesure que ses capacités progresseraient. Traduction implicite : l’accès aux fonctions avancées va devenir de plus en plus payant.
Cette approche provoque déjà de vives réactions en ligne. Sur les réseaux sociaux et les forums, de nombreux propriétaires parlent de retour en arrière, certains allant jusqu’à dire que Tesla se retrouve désormais en retard face à la concurrence. Et difficile de leur donner totalement tort : même des berlines compactes à moins de 23 000 € proposent aujourd’hui le centrage dans la voie de série.
Une manœuvre financière autant que technologique
Derrière ce choix, beaucoup voient une tentative assumée d’augmenter le taux d’abonnement au Full Self-Driving. Plusieurs témoignages indiquent que Tesla pousserait activement les acheteurs vers cette option logicielle lors de la livraison des véhicules, en présentant l’Autosteer comme un élément désormais premium.
La logique ? Une fois que les conducteurs ont goûté à la conduite semi-assistée complète pendant l’essai gratuit, une partie d’entre eux acceptera plus facilement de payer chaque mois pour la conserver. Autrement dit, encore un exemple de la « merdification » qui gangrène progressivement le secteur de l’automobile.
Certains observateurs vont encore plus loin et relient cette stratégie aux objectifs financiers personnels d’Elon Musk. Une partie de ses bonus de performance est conditionnée à un nombre massif d’abonnements FSD actifs, de l’ordre de plusieurs millions à l’échelle mondiale. Atteindre un tel volume implique mécaniquement qu’une proportion énorme de clients passe à l’abonnement.
Le pari reste néanmoins risqué. Tesla s’est longtemps différenciée par son avance technologique perçue. En retirant une aide à la conduite désormais banalisée dans l’industrie, la marque pourrait donner l’impression d’un constructeur qui monétise ce que d’autres offrent déjà. Car, si à court terme, cette stratégie pourrait gonfler les revenus logiciels, à moyen terme, elle pourrait aussi pousser certains acheteurs vers des marques concurrentes, notamment chinoises, qui proposent des systèmes d’assistance complets sans surcoût mensuel.