Le Tesla Cybertruck continue de susciter autant de curiosité que de débats. Ce pick-up électrique au design anguleux (pour rester poli), présenté en 2019 comme une révolution dans l’univers des utilitaires, devait marquer une nouvelle étape pour Tesla. Mais plusieurs années après son annonce et plus d’un an après son lancement commercial, la trajectoire du modèle semble moins fluide que prévu.
Selon des données relayées par Bloomberg et issues de S&P Global Mobility, une part non négligeable des Cybertruck immatriculés aux États-Unis provient en réalité des entreprises appartenant à Elon Musk lui-même. Ces achats internes auraient représenté près de 20 % des ventes au cours du dernier trimestre 2025. Une situation qui interroge sur la dynamique commerciale du modèle et sur la stratégie globale du constructeur.
Les entreprises d’Elon Musk pèsent lourd dans les ventes du Cybertruck
Au quatrième trimestre 2025, un peu plus de 7 000 Cybertruck ont été immatriculés sur le marché américain. Le chiffre exact avancé par les données de S&P Global Mobility est de 7 071 unités. Parmi elles, 1 279 véhicules auraient été achetés par SpaceX, la société spatiale fondée par Elon Musk. À ces acquisitions s’ajoutent plusieurs dizaines d’exemplaires commandés par d’autres entreprises appartenant au même entrepreneur. La Boring Company, Neuralink ou encore xAI ont ainsi enregistré environ 60 Cybertruck supplémentaires au cours de la même période. L’ensemble représente près de 19 % des immatriculations du trimestre.
Le phénomène ne semble pas s’être arrêté avec le passage à la nouvelle année. Toujours selon les mêmes sources, les entreprises liées à Elon Musk auraient enregistré 225 Cybertruck supplémentaires entre janvier et février 2026. Dans le même temps, Tesla aurait également réintégré certains véhicules invendus dans sa propre flotte de service.
Des acquisitions internes quireprésentent potentiellement un investissement conséquent. Le prix d’entrée du Cybertruck se situe autour de 70 000 dollars, soit environ 65 000 euros. En prenant ce tarif comme base, les entreprises de l’écosystème Musk auraient dépensé au minimum 100 millions de dollars, soit près de 93 millions d’euros. Il reste possible que ces achats aient bénéficié de conditions spécifiques pour des flottes importantes.
Dans certains cas, l’usage de ces pick-up électriques apparaît logique. Le responsable technique du projet Cybertruck, Wes Morrill, a expliqué que SpaceX avait commencé à remplacer sa flotte de véhicules d’assistance thermiques par des Cybertruck. Sur les sites de lancement ou autour des infrastructures spatiales, ce type de véhicule utilitaire robuste peut trouver sa place dans les opérations quotidiennes.
La situation est cependant plus surprenante pour d’autres sociétés. L’entreprise d’intelligence artificielle xAI ou la société de neurotechnologie Neuralink ont acquis plusieurs dizaines de pick-up électriques sans que leur utilisation soit réellement détaillée. Bloomberg souligne que la finalité de ces achats reste assez floue pour certaines structures du groupe.
Un pick-up électrique qui peine à atteindre les ambitions initiales
Si les entreprises d’Elon Musk achètent autant de Cybertruck, c’est aussi parce que les ventes du modèle restent éloignées des objectifs annoncés au départ. Lors de la présentation du projet en 2019, Elon Musk évoquait une production annuelle pouvant atteindre 250 000 unités. La réalité du marché s’est révélée en réalité plus complexe. En 2024, première année complète de commercialisation, environ 39 000 Cybertruck ont été vendus selon les estimations de Cox Automotive. Ce volume respectable s’explique en partie par l’enthousiasme initial des fans de la marque, nombreux à avoir réservé le véhicule pendant les années d’attente précédant sa sortie.
L’année 2025 a marqué un ralentissement notable. Les ventes auraient été divisées presque par deux par rapport à ce premier exercice complet. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette évolution. Le Cybertruck affiche un positionnement tarifaire élevé et son design très radical ne séduit pas tous les acheteurs potentiels. Plus largement, le marché des pick-up électriques n’a pas connu l’essor rapide que certains constructeurs anticipaient. Les clients traditionnels de ce type de véhicule restent attentifs à l’autonomie sur longue distance, à la capacité de remorquage et au prix d’achat. Ces paramètres continuent de freiner la diffusion massive des versions électriques.
La situation intervient à un moment particulier pour Tesla. Le constructeur a progressivement réduit son offre dans le segment haut de gamme en retirant les Model S et Model X de certains marchés ou en limitant leur production. Dans ce contexte, le Cybertruck représente l’un des rares modèles récents de la gamme, aux côtés du Model Y lancé plusieurs années plus tôt.
L’avenir pourrait toutefois apporter de nouvelles cartes à jouer. Plusieurs informations évoquées ces derniers mois indiquent que Tesla travaillerait de nouveau sur un crossover électrique plus compact et moins cher. Un tel modèle permettrait à la marque de s’adresser à un public plus large et de relancer la dynamique commerciale.