Renault vient de passer un cap que peu de monde jugeait crédible en 2010, quand la marque lançait la Zoé et sa production électrique en France.
Le groupe annonce avoir assemblé sa millionième voiture 100 % électrique sur le sol français, seize ans après ce pari initial, tous modèles confondus, de la première Zoé à la R5 E-Tech qui sort aujourd’hui des chaînes de Douai.
Le pôle ElectriCity, qui réunit les usines de Douai, Maubeuge et Ruitz dans les Hauts-de-France, revendique à lui seul 600 000 véhicules sur ce million. En cinq ans d’existence, ce site est devenu le premier pôle de production de voitures électriques en Europe, selon Renault. La bascule a coûté cher : le groupe a investi 13 milliards d’euros depuis 2021 pour électrifier ses usines françaises, de l’emboutissage à l’assemblage final.
Douai, l’usine qui tourne désormais la nuit
Le site de Douai emploie 2 800 salariés et a sorti 156 750 véhicules l’an dernier, répartis entre 97 130 R5, 35 600 Scénic et 17 600 Mégane électriques. La R5 E-Tech, produite à Douai depuis 2023, a franchi les 200 000 exemplaires assemblés cette année. Son succès commercial a forcé l’usine à ouvrir des équipes de nuit pour absorber le carnet de commandes, un rythme que le site n’avait plus connu depuis longtemps sur une seule gamme.
Au-delà de Douai, la production électrique de Renault s’appuie sur Maubeuge pour la Twingo, ainsi que sur Dieppe, Batilly et Sandouville pour d’autres modèles du groupe. Cléon et Ruitz fournissent les moteurs et organes électriques, pendant que la Refactory de Flins prend en charge le recyclage des batteries en fin de vie. L’ensemble forme une chaîne industrielle presque entièrement française, rare chez un constructeur généraliste européen à cette échelle. Plusieurs concurrents continuent d’importer une bonne partie de leurs cellules et de leurs moteurs depuis l’Asie, ce qui rend la dépendance de Renault au territoire national d’autant plus singulière.
39 000 emplois directs pour un pari qui semblait risqué
Renault emploie aujourd’hui 39 000 personnes sur le sol français pour ses activités liées au véhicule électrique, et fait vivre 35 000 emplois supplémentaires chez ses fournisseurs et sous traitants. Le pari, lancé à une époque où la voiture électrique restait un marché de niche en France, portait sur la capacité à électrifier des usines entières sans perdre en volume ni en emplois industriels, à contre courant de ce que redoutaient plusieurs syndicats au début de la décennie.
Le groupe mise désormais sur la suite de sa gamme pour prolonger la dynamique, avec la Twingo électrique et une nouvelle citadine attendue sous les 18 000 euros pour élargir la base d’acheteurs. En attendant, à Douai, les équipes de nuit continuent de fabriquer une R5 qui, seize ans après le lancement de la Zoé, se vend mieux que son aînée n’a jamais osé en rêver.
Sources : Automobile Propre, L’Argus