Les voitures électriques chinoises sont partout dans les discussions. Pourtant, derrière cette appellation apparemment simple se cache un marché beaucoup plus difficile à décrypter qu’il n’y paraît.
Dans cette vidéo, je remets un peu d’ordre dans tout cela. Et restez jusqu’au bout, car entre les marques, les sous-marques, les groupes industriels, les alliances et les lieux de production, vous allez voir qu’il devient très compliqué de définir ce qu’est réellement une voiture chinoise.
L’arrivée redoutée des voitures électriques chinoises en Europe alimente des débats sans fin. Il faut dire que le sujet est particulièrement dense.
À force de tout mélanger, on finit pourtant par ne plus savoir précisément de quoi l’on parle. Que recouvre réellement l’expression « voiture chinoise » ? Correspond-elle à la nationalité de la marque, à celle de son propriétaire, au lieu de fabrication ou encore au marché auquel le véhicule est destiné ? La réponse est loin d’être évidente.
Il existe désormais des voitures chinoises fabriquées en Chine et vendues en Europe, des modèles chinois produits en Europe, des voitures européennes assemblées en Chine pour les Européens, d’autres réservées au marché chinois, sans oublier les marques au nom historiquement européen désormais contrôlées par des groupes chinois.
Bref, il y a de quoi en perdre son latin. Ou son mandarin, si vous préférez.
Pour mieux comprendre cette nouvelle cartographie automobile, nous allons classer ces véhicules en cinq grandes catégories.
1. Les marques chinoises appartenant à des constructeurs chinois
Sur le principe, il s’agit de la catégorie la plus facile à identifier. Elle réunit les marques créées en Chine et dont les voitures sont fabriquées sur place.
Mais, même ici, les choses se compliquent rapidement. Une grande partie de ces constructeurs ne vend ses modèles que sur le marché chinois. Certaines marques nous sont totalement inconnues et ne seront peut-être jamais commercialisées en Europe.
Nous sommes capables de citer une dizaine de marques chinoises présentes chez nous, alors que la Chine en compte plus de 150. Beaucoup risquent d’ailleurs de disparaître avant d’avoir tenté la moindre implantation à l’étranger. Aion, Wuling ou AITO font partie de ces noms encore largement inconnus du public européen.
À côté de cette multitude de constructeurs locaux se trouvent les marques déjà bien installées ou en cours d’implantation en Europe. Les plus visibles sont BYD, Xpeng, MG, Zeekr, Lynk & Co, Leapmotor et, plus récemment, Omoda et Jaecoo.
Là encore, une nuance s’impose. Un même modèle peut être sensiblement différent selon le pays dans lequel il est commercialisé. Une BYD Seal destinée au marché chinois et une BYD Seal vendue en Europe peuvent afficher une silhouette identique sans être exactement les mêmes voitures.
Au final, les modèles véritablement comparables et disponibles des deux côtés ne sont donc pas aussi nombreux qu’on pourrait le croire.
2. Les marques européennes contrôlées par des groupes chinois
Cette deuxième catégorie est probablement celle qui irrite le plus les défenseurs d’une industrie automobile strictement européenne.
Le cas le plus connu est celui de MG. La marque britannique est passée sous le contrôle de SAIC en 2007, lorsque le groupe chinois a repris Nanjing Automobile, qui détenait alors les droits sur MG.
Le nom et l’histoire restent européens, mais les voitures électriques et hybrides de la marque sont aujourd’hui principalement fabriquées en Chine dans les usines de SAIC Motor. Elles sont ensuite exportées vers l’Europe et d’autres marchés. Dans leur conception comme dans leur positionnement, elles ont désormais davantage en commun avec l’industrie chinoise qu’avec les MG historiques.
D’autres grands noms européens ont également rejoint un groupe chinois. Volvo, Smart et Lotus appartiennent désormais à Geely, qui contrôle aussi Zeekr et Polestar.
La situation varie toutefois selon les marques. Volvo conserve une partie de sa production en Europe, tandis que les modèles électriques de Smart et de Lotus sont désormais assemblés en Chine. Polestar ne possède pas ses propres usines et utilise les capacités industrielles de Geely et de Volvo. Sa production est donc répartie sur plusieurs continents, avec une partie réalisée en Chine.
La nationalité historique d’une marque ne suffit donc plus à déterminer celle de ses voitures.
3. Les marques chinoises qui produisent en Europe
Pour accélérer leur développement en Europe, plusieurs marques chinoises ont choisi d’y installer des capacités de production.
Cette stratégie permet notamment de contourner certains droits de douane, d’éviter des malus et, dans certains cas, de rendre les véhicules éligibles aux dispositifs d’aide comme le bonus écologique.
Mais cette implantation ne répond pas uniquement à une logique fiscale ou commerciale. Certains constructeurs cherchent aussi à se rapprocher des habitudes européennes, à mieux comprendre la culture automobile locale et à construire une identité moins exclusivement chinoise.
BYD illustre cette stratégie avec ses projets industriels en Hongrie et en Turquie.
Xpeng affiche également des ambitions européennes de plus en plus fortes. La marque ne possède pas encore sa propre usine sur le continent, mais elle fait assembler certains véhicules par Magna Steyr à Graz, en Autriche. Les Xpeng G6 et G9 y sont produites depuis août 2025.
Une voiture de marque chinoise peut donc désormais être fabriquée en Europe, parfois par un industriel européen.
4. Les marques européennes qui fabriquent en Chine pour l’Europe
Dans cette catégorie, on trouve des constructeurs européens qui font produire certains modèles en Chine avant de les importer sur leur marché d’origine.
La Dacia Spring est la première voiture électrique fabriquée en Chine à avoir été commercialisée en Europe. Cette situation devrait cependant changer avec sa remplaçante, attendue entre la fin de l’année 2026 et le début de 2027.
Ce futur modèle devrait être fabriqué en Europe, probablement à Novo Mesto, en Slovénie, ou à Pitești, en Roumanie. Il reposera sur la plateforme AmpR Small, également utilisée par la future Renault Twingo électrique. Ce transfert de production doit notamment permettre à la voiture de redevenir éligible aux aides françaises, dont le bonus écologique.
Le Cupra Tavascan constitue un autre exemple assez particulier. Premier SUV électrique de Cupra, il est issu du partenariat entre le groupe Volkswagen et JAC Motors, puis fabriqué en Chine. Une organisation industrielle qui oblige l’Union européenne à quelques acrobaties réglementaires.
La marque est espagnole, son groupe est allemand, mais sa voiture est produite en Chine. Là encore, une simple étiquette nationale ne suffit plus.
5. Les marques européennes qui produisent en Chine pour les Chinois
Dernière grande catégorie : les constructeurs européens qui développent et fabriquent en Chine des voitures exclusivement destinées au marché chinois.
Audi est l’un des exemples les plus révélateurs. À la surprise générale, la marque allemande a rapidement constitué une gamme réservée à la Chine. Ces modèles sont adaptés aux attentes locales, avec notamment des empattements allongés et des technologies spécifiques.
Ils sont produits dans le cadre de coentreprises avec FAW et SAIC, notamment dans les usines de Changchun et de Shanghai.
Cette gamme comprend déjà plusieurs modèles : les Audi A6L e-tron, Audi Q6L e-tron, Q6L Sportback e-tron et AUDI E5 Sportback. Elle doit bientôt accueillir l’AUDI E SUV, également appelé E7X, un SUV électrique haut de gamme attendu en 2026. Il s’agira du deuxième modèle de la gamme AUDI exclusivement conçue pour la Chine.
La particularité la plus visible de ces voitures concerne leur identité graphique. Le célèbre logo aux quatre anneaux disparaît au profit du nom « AUDI » inscrit en lettres capitales. Cette présentation peut sembler déroutante depuis l’Europe, mais elle traduit l’adaptation de la marque aux réalités du marché chinois.
Ces AUDI conçues en Chine semblent d’ailleurs plutôt bien nées. Leur style associe la sobriété allemande à une approche chinoise plus démonstrative.
Volkswagen suit une stratégie comparable, avec des véhicules produits localement en partenariat avec SAIC et Xpeng. Plusieurs de ces modèles sont inconnus en Europe.
La différence avec Audi tient à leur origine technique. Les Volkswagen chinoises sont souvent dérivées de modèles européens ou de voitures développées par Xpeng.
L’ID. Unyx 07 et les autres modèles de la famille Unyx sont ainsi proches du Cupra Tavascan. L’ID. Unyx 08 repose pour sa part sur une base de Xpeng G9. Volkswagen prépare également une berline chinoise issue de la Xpeng P7+.
Même l’ID.7 existe dans une version spécifique à la Chine, dotée d’un empattement allongé et d’un dessin légèrement différent.
Vous arrivez toujours à suivre ?
On le voit, l’expression générique de « voiture chinoise » ne décrit plus une réalité unique. Elle peut désigner l’origine d’une marque, la nationalité du groupe qui la possède, le pays dans lequel la voiture est fabriquée ou encore le marché auquel elle est destinée.
Et la situation va continuer à évoluer. Geely, jusqu’ici surtout connu comme groupe propriétaire de nombreuses marques, prévoit par exemple de commercialiser prochainement des voitures sous son propre nom.
Il faut également tenir compte des accords de distribution, comme celui conclu entre Stellantis et Leapmotor, mais aussi des partenariats entre constructeurs européens, chinois et américains. Sans oublier les marques européennes qui font produire en Chine certains composants majeurs, à commencer par les batteries.
Toutes ces alliances, participations croisées et chaînes de production internationales brouillent profondément les frontières. Elles remettent surtout en question notre définition traditionnelle d’une industrie automobile nationale, européenne ou chinoise.