Les signaux se multiplient autour de Tesla. Selon les données d’immatriculations compilées par Motor Intelligence, les ventes du constructeur aux États-Unis auraient reculé de 17 % en janvier 2026 par rapport à janvier 2025. En clair, environ 40 100 véhicules écoulés contre 48 500 un an plus tôt.
Tesla ne communique pas ses chiffres mensuels sur le marché américain. Les estimations issues des immatriculations restent donc le meilleur indicateur disponible. Et la tendance n’est pas flatteuse. Il s’agirait du quatrième mois consécutif de baisse sur le territoire qui, jusqu’ici, faisait figure de bastion.
Un marché américain sous tension, Tesla en première ligne
La dynamique n’est pas nouvelle. Sur les douze derniers mois, les immatriculations Tesla auraient reculé sur neuf d’entre eux. Seule exception, l’été 2025. Une parenthèse largement alimentée par un effet d’aubaine : la fin du crédit d’impôt fédéral de 7 500 dollars, soit environ 6 900 euros, supprimé le 30 septembre 2025. Beaucoup d’acheteurs se sont précipités avant l’échéance. Après ce pic artificiel, la demande s’est contractée.
Sur l’ensemble de 2025, Tesla aurait enregistré 568 454 immatriculations aux États-Unis, en baisse de 10 % par rapport aux 625 712 unités de 2024. À l’échelle mondiale, le constructeur a livré 1,64 million de véhicules en 2025, soit un recul de 8,6 % sur un an. Deuxième année consécutive de baisse.
Le contexte global n’aide pas. D’après Cox Automotive, le prix moyen d’une voiture électrique aux États-Unis a progressé de 18,1 % sur un an pour atteindre environ 48 000 euros en janvier 2026. Dans le même temps, la part de marché des électriques serait retombée à 6,6 % des ventes, contre 9,5 % un an plus tôt. Kelley Blue Book évoque une chute de près de 30 % des ventes de véhicules électriques sur un an en janvier. Tesla n’est donc pas seule à souffrir. Mais le constructeur avait déjà amorcé son recul avant la disparition du bonus fiscal. Et c’est là que le sujet devient plus sensible.
En Californie, son marché historique, les données d’Experian montrent un recul de la part de marché de 11,6 % en 2024 à 9,9 % en 2025. Les ventes Tesla y baissent à deux chiffres, alors que le marché électrique local progresse encore. Pour une marque née dans la Silicon Valley, le signal est fort.
Concurrence en embuscade et stratégie de rupture
Face à cette pression, Tesla a tenté de réagir. Fin 2025, les versions d’accès de la Tesla Model Y (environ 37 000 euros) et de la Tesla Model 3 (environ 34 000 euros) ont été lancées pour élargir la clientèle. Les baisses de prix se multiplient. Mais la question dépasse désormais le tarif. L’image de marque, fragilisée par les prises de position politiques d’Elon Musk et les controverses récurrentes, pèse aussi dans la balance. Selon Brand Finance, la valeur de la marque Tesla aurait chuté de 36 % en 2025, à 25,4 milliards d’euros, loin du pic de 60,9 milliards d’euros atteint en 2023.
Pendant ce temps, la concurrence progresse. General Motors a vu ses ventes électriques bondir de 48 % en 2025, frôlant les 170 000 unités. Sa part de marché dans l’électrique est passée de 8,8 % à 13,2 %. La Chevrolet Equinox EV s’est écoulée à près de 58 000 exemplaires, devenant l’un des modèles les plus vendus derrière les Model Y et Model 3.
Tesla conserve environ 46 % du marché électrique américain, contre 49 % en 2024 et 75 % début 2022. L’érosion est lente, mais continue.
À l’international, la situation est encore plus complexe. BYD est devenu en 2025 le premier vendeur mondial de voitures 100 % électriques avec 2,26 millions d’unités, contre 1,64 million pour Tesla. En Europe, les immatriculations Tesla auraient reculé de 27,8 % en 2025, avec un début d’année 2026 encore plus difficile dans plusieurs grands marchés.
Face à ce contexte, Tesla change de cap. Lors de la publication des résultats du quatrième trimestre 2025, le constructeur a annoncé l’arrêt des Tesla Model S et Tesla Model X. La priorité affichée se déplace vers le “transport en tant que service”, les robotaxis et l’intelligence artificielle. Les investissements prévus pour 2026 atteindraient environ 18,4 milliards d’euros, orientés en grande partie vers l’IA et la conduite autonome.
Vous le voyez, on est face à un moment charnière. Tesla parie sur une transformation radicale de son modèle économique, alors même que son cœur de métier, la vente de voitures, ralentit sur ses principaux marchés. La question n’est plus seulement celle des volumes. Elle touche à la capacité du constructeur à convaincre que la prochaine vague, celle des robotaxis et des services autonomes, arrivera à temps pour compenser le recul actuel.