En Chine, puis dans le monde, bientôt la fin des hybrides rechargeables et un raz-de-marée de voitures 100% électriques ?

La Chine accélère sa transition automobile et certains spécialistes estiment déjà que le débat technologique autour de la motorisation touche à sa fin.

Lors d’un forum consacré au développement du véhicule électrique intelligent organisé les 11 et 12 avril à Pékin, le professeur Ouyang Minggao, figure reconnue de la recherche automobile chinoise et professeur à l’Université Tsinghua, a présenté une vision très tranchée de l’avenir du marché. Selon lui, les voitures hybrides rechargeables et les modèles électriques à prolongateur d’autonomie entrent déjà dans une phase de recul structurel. À long terme, la domination des voitures entièrement électriques serait appelée à devenir écrasante.

Ses projections s’appuient à la fois sur les progrès industriels de la Chine, sur l’évolution du marché local et sur des arguments énergétiques qui, selon lui, rendent la motorisation électrique directe largement supérieure aux alternatives. Si ces prévisions se vérifient, le paysage automobile chinois pourrait profondément changer dans les quinze prochaines années, avec un marché dominé presque exclusivement par des voitures électriques à batterie.

Une domination annoncée des voitures électriques en Chine

Dans son intervention, Ouyang Minggao a insisté sur un élément qui, à ses yeux, structure toute la transition énergétique dans l’automobile. Le moteur électrique alimenté par batterie reste la solution qui exploite le mieux l’électricité produite à partir de sources renouvelables. Selon ses analyses, l’efficacité énergétique de cette architecture est environ deux fois supérieure à celle d’un véhicule à hydrogène, et quatre fois plus élevée que celle d’un moteur thermique alimenté par des carburants synthétiques. Ce différentiel d’efficacité pèse lourd dans les choix industriels et politiques. Pour Ouyang Minggao, cela explique en grande partie pourquoi les hybrides rechargeables et les modèles à prolongateur d’autonomie connaissent aujourd’hui une forte progression en Chine mais pourraient atteindre rapidement leurs limites. Ces technologies jouent souvent un rôle de transition pour rassurer les automobilistes, mais elles restent dépendantes d’un moteur thermique et de carburants fossiles.

L’évolution du marché chinois donne déjà quelques indications. La part des véhicules dits à énergie nouvelle, qui regroupe les voitures électriques, hybrides rechargeables et modèles à hydrogène, progresse à un rythme rapide. Selon les projections présentées lors du forum, ces véhicules devraient dépasser 70 % des ventes de voitures particulières en Chine d’ici 2030. À cette échéance, la majorité de ce volume serait déjà constituée de modèles entièrement électriques, avec un rapport estimé à sept véhicules électriques pour trois hybrides rechargeables.

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La tendance se poursuivrait ensuite. En 2035, les véhicules à énergie nouvelle pourraient représenter plus de 80 % du marché automobile chinois. La proportion de voitures électriques dans cet ensemble continuerait d’augmenter, avec environ huit véhicules électriques pour deux hybrides rechargeables. À l’horizon 2040, le paysage deviendrait encore plus radical. Les véhicules à énergie nouvelle resteraient largement majoritaires et les voitures électriques domineraient à près de 90 % face aux hybrides rechargeables.

Pour le chercheur, cette trajectoire signifierait la fin du débat technologique qui oppose aujourd’hui différentes motorisations alternatives. L’industrie automobile chinoise passerait alors d’une position de grand producteur à celle d’un acteur dominant sur le plan technologique.

Batteries, sécurité et transformation de l’industrie automobile

Le professeur Ouyang Minggao a également abordé un sujet qui suscite beaucoup d’attentes dans le secteur : les batteries à électrolyte solide. Cette technologie est souvent présentée comme la prochaine grande révolution des véhicules électriques, capable d’augmenter fortement la densité énergétique tout en améliorant la sécurité. Le chercheur invite cependant à rester prudent. Les batteries entièrement solides posent encore plusieurs défis scientifiques, notamment liés aux réactions chimiques à l’interface des matériaux et aux questions de stabilité mécanique, thermique ou encore chimique. Ces obstacles doivent être résolus avant une production industrielle à grande échelle. Selon lui, les premières batteries solides atteignant une densité énergétique d’environ 300 Wh/kg pourraient apparaître vers la fin de la décennie. Il met toutefois en garde les constructeurs tentés d’annoncer trop tôt des modèles équipés de cette technologie, estimant que le sujet peut facilement devenir un argument marketing déconnecté de la réalité industrielle.

La Chine investit déjà massivement dans ce domaine. Près de 44 % des nouvelles demandes de brevets publiées l’an dernier concernaient des entreprises ou instituts chinois. Dans le même temps, la capacité de production nationale d’électrolytes sulfures dépasserait déjà 20 000 tonnes. Les coûts ont également chuté de manière spectaculaire. Le prix d’une tonne de ces matériaux est passé d’environ 2,6 millions d’euros à moins de 130 000 euros.

La question de la sécurité des batteries a aussi marqué l’évolution récente du secteur automobile chinois. Ouyang Minggao rappelle plusieurs étapes importantes dans ce domaine. En 2014, le ministère chinois de l’Industrie et des Technologies de l’information avait suspendu l’utilisation de batteries ternaires dans les bus après plusieurs incidents. En 2020, BYD a introduit sa batterie dite Blade, basée sur la chimie lithium-fer-phosphate, démontrant que cette technologie pouvait équiper efficacement des voitures particulières. De nouvelles normes de sécurité devraient prochainement entrer en vigueur en Chine. Elles imposeraient des batteries capables de résister à des conditions extrêmes sans combustion ni explosion, ce qui représente un changement important pour l’industrie.

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Le chercheur estime également que l’écosystème automobile chinois évolue vers plusieurs modèles industriels distincts. Certains constructeurs misent sur une intégration verticale très poussée, combinant électrification et technologies numériques. D’autres poursuivent une stratégie mixte avec des véhicules thermiques et électriques destinés à différents marchés. De nouveaux acteurs inspirés du secteur technologique privilégient une approche centrée sur les services numériques et l’écosystème utilisateur. D’autres groupes réorganisent leur chaîne de valeur autour du logiciel et de la marque.

La transition concerne aussi les véhicules utilitaires et les poids lourds. Les projections présentées lors du forum indiquent que les camions à énergie nouvelle pourraient dépasser 50 % des ventes en Chine dès 2030, puis franchir 60 % en 2035 et plus de 70 % en 2040.

Dans le même temps, le parc total de véhicules à énergie nouvelle pourrait atteindre entre 100 et 150 millions d’unités en 2030, puis entre 200 et 300 millions en 2035. À l’horizon 2040, la Chine pourrait compter entre 300 et 380 millions de véhicules de ce type sur ses routes.

L’essor des énergies renouvelables joue aussi un rôle dans cette transformation. La part d’électricité verte utilisée par le système énergétique chinois pourrait dépasser 55 % dès 2030, puis atteindre environ 65 à 70 % en 2035. Dans ce contexte, les voitures électriques deviendraient progressivement des véhicules alimentés majoritairement par des sources renouvelables.

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